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Imran Khan

Aug 18, 2026  Twila Rosenbaum  10 views
Imran Khan

Le Pakistan s'apprête à voter. Dans ce contexte, l'ombre d'Imran Khan plane toujours sur les législatives. L'ancien premier ministre, aujourd'hui derrière les barreaux, incarne une opposition qui refuse de disparaître. Ses partisans, eux-mêmes réprimés, se présentent face au parti de Nawaz Sharif, dans un climat de tension extrême.

Un champion de cricket devenu homme politique

Né à Lahore en 1952, Imran Khan a d'abord marqué l'histoire en menant l'équipe de cricket du Pakistan à la victoire en Coupe du monde en 1992. Après sa carrière sportive, il se lance dans la politique à la fin des années 1990 en fondant le Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI). Son discours anti-corruption et sa popularité en font une figure montante. En 2018, le PTI remporte les élections législatives, portant Imran Khan au poste de premier ministre. Il promet des réformes et une «nouvelle Pakistan».

Son gouvernement s'engage alors dans une série de projets, notamment dans les domaines de la santé, du logement et de l'État de droit. Il chercher également à renforcer les relations avec la Chine et l'Arabie saoudite, tout en adoptant une position ambiguë vis-à-vis des États-Unis. Cependant, son mandat est rapidement confronté à une grave crise économique, marquée par une inflation galopante, une dépréciation de la roupie et une augmentation de la dette extérieure. Les critiques lui reprochent une gestion improvisée et une mauvaise coordination avec l'armée, institution centrale de la politique pakistanaise.

La chute : la motion de censure

Le 9 avril 2022, Imran Khan est renversé par une motion de censure votée par l'Assemblée nationale. Il est alors le premier premier ministre pakistanais à être destitué par un vote de défiance, alors qu'aucun chef de gouvernement n'a jamais achevé son mandat depuis l'indépendance en 1947. La séance se déroule sous très haute tension, après plusieurs semaines de crise politique et des tentatives de blocage de la part des alliés du premier ministre sortant.

Khan dénonce immédiatement un «complot» orchestré par les États-Unis et l'opposition, menée par Nawaz Sharif. Il appelle à des élections anticipées et entame une série de rassemblements pour maintenir la pression sur le nouveau gouvernement de Shehbaz Sharif. Cette stratégie de mobilisation de rue devient sa marque de fabrique, transformant des milliers de partisans en une force politique qui ne s'essouffle pas malgré les obstacles.

Les ennuis judiciaires et les tentatives d'arrestation

Dans les mois qui suivent, les ennuis judiciaires s'accumulent contre l'ancien premier ministre. En août 2022, il est accusé d'avoir violé la loi antiterroriste lors d'un discours. Il est brièvement arrêté, puis libéré sous caution par un tribunal antiterroriste. «Ils ont essayé d'arrêter une personne qui est à la tête d'un parti politique important», déclare-t-il à la sortie du tribunal. Cette affaire n'est que le début d'une longue série de poursuites, allant de la corruption à l'incitation à la violence.

En mars 2023, la police tente de l'arrêter à Lahore, mais au moins 200 militants s'interposent, provoquant des heurts violents dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 mars. Khan reste retranché dans sa résidence, défiant les forces de l'ordre. Les affrontements font plusieurs blessés et donnent lieu à des images de chaos, renforçant la perception d'une répression politique. La situation ne se résout que par une intervention judiciaire, qui suspend l'arrestation.

Parallèlement, une procédure de destitution est engagée contre lui dans l'affaire dite de la Toshakhana, un dépôt officiel où les cadeaux d'État sont conservés. Il est accusé d'avoir vendu illicitement des cadeaux reçus lors de ses déplacements officiels. Les tribunaux le déclarent inéligible pour une période donnée, mais il continue de contester ces décisions devant la Cour suprême.

La tentative d'assassinat

Le 3 novembre 2022, Imran Khan est blessé par balle à la jambe en marge d'un rassemblement politique à Wazirabad. Il menait depuis plusieurs jours une «longue marche» rassemblant des milliers de partisans pour exiger des élections anticipées. Un assaillant ouvre le feu dans la foule; Khan est touché, mais son état est jugé stable par Raoof Hasan, l'un de ses proches conseillers. L'homme soupçonné de l'attaque est abattu sur place. Cet événement traumatise le pays et cristallise le soutien autour de sa personne. Khan apparaît quelques heures plus tard à l'hôpital, envoyant un message de détermination à ses soutiens.

Cette tentative d'assassinat s'inscrit dans un climat de violence politique déjà très tendu. Le pays avait été secoué par des attentats meurtriers revendiqués par des groupes djihadistes, et la rhétorique enflammée des dirigeants alimente les tensions. Après cette attaque, Imran Khan intensifie sa campagne, dénonçant les risques de dictature et appelant à des manifestations pacifiques.

La répression et l'élection sous tension

Aujourd'hui, Imran Khan est emprisonné. Ses partisans subissent une répression sévère : arrestations arbitraires, interdiction de rassemblements, censure des médias. Le PTI est privé de son sigle électoral, réduit à présenter des candidats sous des étiquettes variées. Les autorités affirment que ces mesures visent à préserver l'ordre public, mais les observateurs y voient une tentative de neutraliser une opposition populaire.

Malgré les obstacles, le parti d'Imran Khan participe aux élections législatives. Les candidats se présentent face au parti de Nawaz Sharif, qui espère revenir au pouvoir après avoir purgé plusieurs années d'exil. Le scrutin est perçu comme un test pour la démocratie pakistanaise. La communauté internationale s'inquiète d'un processus entaché de fraudes et de manœuvres d'intimidation.

Les partisans de l'ancien premier ministre voient en lui une victime de la vindicte du pouvoir en place, tandis que ses adversaires le considèrent comme un démocrate populiste dangereux pour les institutions. Quoi qu'il en soit, la figure d'Imran Khan reste mobilisatrice. Ses appels à la désobéissance civile et sa capacité à remplir les stades lors de meetings virtuels montrent que son influence dépasse largement les murs d'une cellule.

Le vote du 8 février 2024 est donc l'aboutissement d'une crise ouverte depuis la chute de Khan. L'armée pakistanaise, qui a joué un rôle historique dans la vie politique, observe en retrait, mais son poids demeure déterminant. La tenue même du scrutin, dans des conditions jugées imparfaites par les experts, soulève des interrogations sur la viabilité du régime démocratique au Pakistan.

Les premiers résultats sont entachés de longues attentes et de reports. Les partisans d'Imran Khan, bien que privés de leur chef, dénoncent des fraudes massives. Les autorités locales affirment que les élections se sont déroulées dans le calme, mais des incidents ont été signalés dans plusieurs provinces. Des responsables du PTI contestaient déjà les résultats dans certaines circonscriptions, invoquant des irrégularités dans le décompte des voix.

Quelle que soit l'issue, le Pakistan demeure confronté à une équation politique insoluble : comment intégrer une opposition populaire tout en garantissant la stabilité? Imran Khan, de sa prison, a appelé ses partisans à rester pacifiques, mais la frustration pourrait dégénérer en une nouvelle vague de manifestations. Le pays, économiquement à genoux et en proie à une instabilité chronique, ne peut se permettre une nouvelle décennie de chaos.


Source: Le Figaro News


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