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La société de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, puise enfin dans son trésor de guerre pour quasiment doubler sa participation au capital d'Alphabet

Aug 19, 2026  Twila Rosenbaum  14 views
La société de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, puise enfin dans son trésor de guerre pour quasiment doubler sa participation au capital d'Alphabet

Berkshire Hathaway, le conglomérat dirigé par Greg Abel depuis le 1er janvier 2026, a opéré un virage stratégique majeur au deuxième trimestre. Selon des documents déposés auprès de la SEC, le gendarme américain des marchés financiers, la société d'investissement de Warren Buffett a puisé dans sa colossale réserve de liquidités pour presque doubler sa participation dans Alphabet, la maison mère de Google. Il s'agit d'un changement de cap significatif après plusieurs trimestres de prudence excessive, durant lesquels Berkshire vendait plus d'actions qu'elle n'en achetait.

Une nouvelle dynamique d'investissement

Depuis 2023, Berkshire Hathaway avait accumulé un trésor de guerre impressionnant, atteignant 369 milliards de dollars de liquidités à la fin de l'année 2025. Cette somme, suffisante pour racheter n'importe quelle entreprise du CAC 40, reflétait la frilosité de Warren Buffett, qui estimait que les marchés actions étaient globalement surévalués. Les ventes d'actions avaient systématiquement dépassé les achats au cours de chaque trimestre de 2023, 2024 et 2025, comme l'avait illustré le Financial Times dans une infographie. Cette prudence avait d'ailleurs conduit Berkshire à sous-performer le S&P 500, avec une hausse de 15,8 % en 2023 contre 26,3 % pour l'indice, et de 10,9 % en 2025 contre 17,9 %.

Le deuxième trimestre de 2026 marque une rupture nette. Les achats d'actions ont dépassé les ventes à hauteur de 20 milliards de dollars, une première depuis plus de trois ans. Bloomberg rapporte également que Berkshire a racheté pour 4,5 milliards de dollars de ses propres actions. En conséquence, la trésorerie du groupe est passée de 397 milliards de dollars à la fin mars à 365,5 milliards de dollars à la fin juin. Cette diminution, bien que modeste au regard de l'ensemble, témoigne d'une volonté de réallouer le capital accumulé.

Alphabet devient un pilier du portefeuille

L'opération la plus emblématique de ce trimestre est sans conteste le renforcement massif dans Alphabet. Berkshire Hathaway a acheté 57,8 millions d'actions de la maison mère de Google, portant le total à 106 millions de titres. Au cours actuel, cette participation représente environ 36,8 milliards de dollars. Alphabet se hisse désormais à la troisième place des plus importantes lignes du portefeuille de Berkshire, derrière Apple (71,4 milliards de dollars) et American Express (44 milliards de dollars).

Cet investissement n'est pas une surprise pour les observateurs attentifs. Warren Buffett avait exprimé en 2018 des regrets de ne pas avoir investi plus tôt dans Alphabet. « J'ai foiré », avait-il déclaré à CNBC, expliquant qu'il avait vu le produit fonctionner et qu'il connaissait les marges, mais qu'il ne maîtrisait pas suffisamment la technologie pour évaluer la durabilité de l'avantage concurrentiel de Google face à ses rivaux. En 2025, Berkshire avait déjà pris une participation initiale dans Alphabet, mais ce nouveau mouvement témoigne d'une conviction renforcée.

La performance d'Alphabet et la course à l'IA

Alphabet a connu une année 2026 mouvementée. En juillet, le groupe a publié des résultats records avec un bénéfice net de 112 milliards de dollars et une croissance de 82 % dans le cloud. Cependant, le marché avait mal réagi à la révision à la hausse des dépenses d'investissements dans l'intelligence artificielle, provoquant une baisse temporaire du titre. Malgré ce contretemps, l'action Alphabet affiche une progression de 10,5 % depuis le début de l'année et de 70 % sur un an.

Cette performance repose en grande partie sur les avancées du groupe dans l'IA. Au-delà de la croissance spectaculaire de son activité cloud, Alphabet est revenu dans la course grâce aux bonnes évaluations de son grand modèle de langage Gemini. La société a également développé ses propres puces d'IA, les unités de traitement tensoriel (TPU), qui constituent un avantage compétitif majeur. Bank of America soulignait dans une note publiée en juillet que « Gemini et les TPU restent des avantages compétitifs, soutenant la croissance de la marge du cloud et les gains de parts de marché continus ».

Pour Berkshire, cet investissement dans Alphabet s'inscrit dans une logique de long terme. Le conglomérat privilégie les entreprises avec des fondamentaux solides, des avantages concurrentiels durables et une capacité à générer des flux de trésorerie importants. Alphabet coche toutes ces cases, malgré les inquiétudes liées aux dépenses massives dans l'IA.

Greg Abel face à l'héritage de Warren Buffett

Ce changement de stratégie intervient dans un contexte de transition à la tête de Berkshire Hathaway. Greg Abel, l'actuel directeur général, a succédé à Warren Buffett le 1er janvier dernier, après des années de préparation. Le milliardaire, âgé de 95 ans, reste président du conseil d'administration et actionnaire de référence avec entre 16 % et 17 % du capital. Mais la gestion quotidienne est désormais entre les mains d'Abel.

Les défis qui l'attendent sont colossaux. Comme l'avait expliqué Antoine Peulet, gérant chez Monocle AM, dans une interview en 2024, Warren Buffett avait écrit dans sa lettre aux actionnaires que le succès de Berkshire Hathaway reposait sur « douze décisions d'investissement, douze en soixante ans ». La question est de savoir si cette performance est réplicable par une nouvelle équipe de direction. Peulet soulignait également que Berkshire croît chaque année, avec environ 10 milliards de dollars de cash qui arrivent chaque trimestre et qu'il faut réallouer. « Cela veut dire que Greg Abel, dans les dix années après Buffett, aura à allouer beaucoup plus de capital que Warren Buffett durant toute sa vie », prévenait-il.

Russ Mould, d'AJ Bell, avait quant à lui estimé que les investisseurs n'étaient peut-être pas encore convaincus que Berkshire puisse rester un champion de l'investissement sans Buffett à sa tête. Le mouvement dans Alphabet pourrait contribuer à rassurer ces derniers, en montrant que la nouvelle direction est capable de prendre des risques calculés et de saisir des opportunités lorsque les valorisations le justifient.

Autres mouvements notables

Outre Alphabet, Berkshire Hathaway a également renforcé sa participation dans Delta Airlines et la chaîne de grands magasins Macy's. Ces prises de position reflètent une approche diversifiée, visant des secteurs variés de l'économie américaine. À l'inverse, le conglomérat s'est délesté de sa participation dans le producteur de boissons Constellation Brands. Ces ajustements montrent une gestion active du portefeuille, même si les grands équilibres restent stables.

La décision de réduire la trésorerie, même de manière limitée, est un signal fort envoyé au marché. Pendant des années, la montagne de cash de Berkshire a été perçue comme un indicateur de l'avis de Warren Buffett sur les valorisations boursières. Sa prudence avait été critiquée par certains investisseurs, qui y voyaient une opportunité manquée de profiter de la hausse des marchés. Avec Greg Abel, Berkshire semble désormais adopter une approche plus offensive, tout en restant fidèle aux principes fondamentaux de l'investissement value.

L'avenir dira si ce virage portera ses fruits. Mais une chose est certaine : la société de Warren Buffett n'est plus la même. Elle puise enfin dans son trésor de guerre pour se renforcer sur des valeurs comme Alphabet, signalant que la nouvelle direction est prête à prendre le relais avec une stratégie claire et ambitieuse. Les actionnaires de Berkshire, qui ont longtemps bénéficié de la sagesse de l'« Oracle d'Omaha », peuvent désormais observer la manière dont Greg Abel imprime sa marque, avec la lourde responsabilité de prolonger un héritage exceptionnel.


Source: BFM Bourse News


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