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5 choses à savoir sur Claudia Goldin, la Sherlock Holmes de l'économie lauréate du prix Nobel

Jul 16, 2026  Twila Rosenbaum  11 views
5 choses à savoir sur Claudia Goldin, la Sherlock Holmes de l'économie lauréate du prix Nobel

L'Américaine Claudia Goldin, professeure à l'université d'Harvard, a été nommée ce lundi 9 octobre prix Nobel d'économie. À 77 ans, cette spécialiste de l'économie du travail a été récompensée pour son travail sur l'insertion des femmes sur le marché du travail. Elle devient ainsi la troisième femme de l'histoire à recevoir ce prix, après Elinor Ostrom en 2009 et Esther Duflo en 2019. Le comité Nobel a salué ses travaux qui ont « fait progresser notre compréhension de la situation des femmes sur le marché du travail ».

Claudia Goldin est née le 14 mai 1946 dans le Bronx, à New York. Enfant, elle se passionne d'abord pour l'archéologie, passant des après-midis au Museum d'histoire naturelle à observer les momies. Elle s'inscrit ensuite au lycée des sciences du Bronx, où elle découvre la microbiologie grâce au microscope. C'est en pensant devenir microbiologiste qu'elle rejoint l'université de Cornell. Mais un cours du professeur Alfred Kahn sur l'organisation industrielle change sa trajectoire : elle se tourne vers l'économie. Après un doctorat à l'université de Chicago, elle enseigne à Princeton avant de rejoindre Harvard en 1990, où elle devient la première femme à diriger le département d'économie depuis sa création au XVIIe siècle.

Des travaux aux confins de l'histoire et de l'économie

Claudia Goldin est-elle une historienne qui s'intéresse à l'économie ou une économiste qui s'intéresse à l'histoire ? Qu'importe la terminologie, l'Américaine a impressionné le comité Nobel par l'ampleur historique de ses travaux. Elle a fouillé dans les archives pour recueillir plus de 200 ans de données sur les États-Unis, avant l'avènement d'Internet. Ce travail lui a permis de « montrer comment et pourquoi les différences de revenus et de taux d'emploi entre les hommes et les femmes ont évolué au fil du temps », insiste le jury suédois. Ses recherches ont mis en lumière l'impact de la révolution industrielle, des guerres mondiales, du développement de l'éducation et de l'accès à la contraception sur la participation des femmes au marché du travail.

À l'échelle mondiale, « environ 50 % des femmes participent au marché du travail, contre 80 % des hommes, et les femmes gagnent moins » et « ont moins de chances d'atteindre le sommet de l'échelle professionnelle », se heurtant au « plafond de verre », a noté Randi Hjalmarsson, membre du comité Nobel. Goldin a démontré que l'écart salarial n'est pas seulement dû à la discrimination, mais aussi à des choix de carrière influencés par les responsabilités familiales. Ses travaux ont également montré que l'invention de la pilule contraceptive dans la seconde moitié du XXe siècle a permis une « révolution silencieuse » : en retardant le mariage, les femmes ont pu investir davantage dans leur éducation et leur carrière.

L'un de ses ouvrages les plus célèbres, « The Race between Education and Technology », publié en 2008 avec son époux Lawrence Katz, analyse comment la course entre le progrès éducatif et le changement technologique a façonné les inégalités de revenus. Goldin y démontre que l'essor de l'éducation aux États-Unis au XXe siècle a permis de réduire les écarts, mais que le ralentissement de ce rythme depuis les années 1970 a contribué à creuser les inégalités. Elle y utilise une méthode proche de celle d'un détective, s'inspirant de Sherlock Holmes pour traquer les faits avant de théoriser.

Une méthode inspirée de Sherlock Holmes

En 1998, Claudia Goldin publie un court essai autobiographique qui commence par cette phrase : « J'ai toujours voulu devenir détective et j'ai finalement réussi. » La minutie avec laquelle elle effectue ses recherches s'inspire du travail du célèbre enquêteur d'Arthur Conan Doyle. Dans une interview en 2014, elle raconte comment elle a abordé le dernier chapitre de « The Race between Education and Technology » : « J'ai abordé cette question comme un détective – je ne savais pas ce que j'allais trouver. Mais j'ai pensé à Sherlock Holmes, qui aurait dit qu'il ne sert à rien de théoriser tant qu'on n'a pas quelques faits. » Cette approche lui a permis de reconstituer des séries historiques de salaires, de taux d'emploi et de niveaux d'éducation pour les femmes américaines sur plus de deux siècles.

Ses recherches ont également montré que la courbe en U de la participation féminine au marché du travail : un taux élevé dans l'économie agricole du début du XIXe siècle, une baisse avec l'industrialisation (car les femmes se consacraient au foyer), puis une remontée progressive à partir des années 1920 avec l'essor du secteur des services et l'augmentation de l'éducation féminine. Ce modèle, désormais classique, a été confirmé par de nombreuses études ultérieures.

Une carrière marquée par la collaboration avec son époux

Le prix Nobel vient récompenser une carrière particulièrement dense. Claudia Goldin a publié neuf ouvrages et des dizaines d'articles académiques. Son livre « Comprendre l'écart entre les femmes et les hommes » (1990) est une référence sur les inégalités genrées de salaires. Mais derrière ce succès personnel se cache son époux, Larry Katz, professeur d'économie à Harvard, avec qui elle a souvent co-écrit. Le couple a notamment travaillé sur « Women Working Longer: Increased Employment at Older Ages » en 2018. Leur collaboration illustre une synergie intellectuelle rare, où chacun apporte son expertise : Goldin sur l'histoire économique et le genre, Katz sur l'économie du travail et l'éducation.

Outre ses travaux académiques, Goldin a été une voix influente dans le débat public sur l'égalité des genres. Elle a siégé au conseil d'administration de plusieurs organisations, dont le National Bureau of Economic Research, et a reçu de nombreuses distinctions avant le Nobel, comme le prix IZA en économie du travail. Elle est également membre de l'Académie américaine des arts et des sciences et de la National Academy of Sciences.

Une enfance dans le Bronx et une passion pour l'archéologie

Née dans une famille juive modeste du Bronx, Claudia Goldin a grandi dans un quartier où l'éducation était valorisée. Sa mère était bibliothécaire et son père travailleur social. Très tôt, elle montre une curiosité insatiable pour les sciences. Les étés, elle fréquente le Museum d'histoire naturelle pour échapper à la chaleur, fascinée par les momies et les artefacts anciens. Cette passion pour l'archéologie lui enseigne la patience et l'attention aux détails, qualités qu'elle appliquera plus tard à l'économie. Après le lycée, elle hésite entre la microbiologie et l'économie, mais un cours marquant la convainc de suivre la voie de l'analyse des marchés et des comportements humains.

Son parcours universitaire est exemplaire : diplômée de Cornell en 1967, elle obtient son doctorat à Chicago en 1972 sous la direction de Gary Becker (lui-même futur Nobel). Elle enseigne ensuite à l'université du Wisconsin, à Princeton, puis rejoint Harvard en 1990. En 2013, elle devient la première femme à diriger le département d'économie de Harvard, un poste qu'elle occupe jusqu'en 2017. Son leadership a contribué à diversifier le corps professoral et à promouvoir les femmes dans une discipline longtemps dominée par les hommes.

Claudia Goldin incarne la figure de l'économiste-détective, capable de déceler des tendances historiques invisibles au premier regard. Ses travaux continuent d'influencer les politiques publiques en faveur de l'égalité des genres, et le prix Nobel 2023 consacre une carrière dédiée à comprendre et à réduire les inégalités sur le marché du travail.


Source: Challenges News


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