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Au Brésil, le président Lula vise un quatrième mandat à 80 ans, face au fils de Jair Bolsonaro soutenu par Donald Trump

Sep 04, 2026  Twila Rosenbaum  7 views
Au Brésil, le président Lula vise un quatrième mandat à 80 ans, face au fils de Jair Bolsonaro soutenu par Donald Trump

À 80 ans, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva est officiellement entré dans la campagne pour un quatrième mandat. C'est lors d'une convention de son Parti des travailleurs (PT), organisée dimanche 2 août à São Paulo, que le leader de la gauche brésilienne a confirmé ce que beaucoup pressentaient : il sera candidat au scrutin d'octobre prochain. Cette élection, qui pourrait être l'une des plus décisives de l'histoire récente du Brésil, l'opposera au sénateur Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, bénéficiant du soutien affiché de l'ancien président américain Donald Trump.

Une campagne placée sous le signe de la longévité politique

Lula, revenu au pouvoir en 2023 après avoir déjà dirigé le pays de 2003 à 2010, a été investi dans une ambiance festive. Environ 3 000 partisans étaient réunis dans la salle de convention, chantant « Lula, guerrier du peuple brésilien » et brandissant les drapeaux rouges du PT, ainsi que des pancartes proclamant « Le Brésil ne se rend pas ». Le président est apparu en bras de chemise, un panama sur la tête, affichant une forme qu'il tient à souligner. « Je veux me battre contre la vieillesse. Je ne veux pas marcher en traînant les pieds », a-t-il lancé de sa voix éraillée, avant d'évoquer son quotidien fait d'exercices physiques.

Dans un parallèle saisissant avec le monde du football, Lula a cité Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, tous deux présents dans six Coupes du monde, pour annoncer qu'il disputerait, lui, une « septième » candidature présidentielle. Il a toutefois assuré que ce serait la dernière, promettant de partir ensuite « en vacances pour roucouler » avec son épouse Rosangela « Janja » da Silva, âgée de 59 ans, qui l'accompagnait sur scène. Ce discours, mêlant énergie et autodérision, visait à répondre aux critiques sur son âge avancé, un thème que ses adversaires entendent bien exploiter.

Flavio Bolsonaro, l'héritier d'une famille encombrante

Face à Lula se dresse Flavio Bolsonaro, sénateur de 45 ans, fils aîné de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022). Ce dernier purge actuellement une peine de 27 ans de résidence surveillée, condamné pour tentative de coup d'État après avoir cherché à se maintenir au pouvoir malgré sa défaite électorale de 2022. Flavio Bolsonaro, longtemps considéré comme l'héritier politique de son père, tente de capitaliser sur un électorat toujours fidèle à la dynastie Bolsonaro, malgré les déboires judiciaires familiaux. Sa mère, Michelle Bolsonaro, sera également candidate aux élections sénatoriales d'octobre, confirmant l'emprise de la famille sur la droite brésilienne.

La campagne de Flavio Bolsonaro est ouvertement soutenue par Donald Trump, qui y voit un prolongement de sa propre influence en Amérique latine. L'ancien président argentin Javier Milei, allié de Trump, s'est d'ailleurs rendu à São Paulo le 25 juillet pour s'exprimer lors de la convention du Parti libéral, le parti de Flavio Bolsonaro. Ce déplacement a provoqué une crise diplomatique : Milei a insulté Lula ainsi que le juge de la Cour suprême qui a supervisé le procès de Jair Bolsonaro. Le dirigeant argentin a renouvelé ses attaques dimanche, qualifiant Lula de « voleur » et de « corrompu », des termes qui ravivent les tensions regionales.

L'ombre de Donald Trump et les tensions commerciales

La campagne se déroule dans un contexte de pression américaine accrue sur le Brésil. En juillet, les États-Unis ont imposé deux vagues de droits de douane sur des produits brésiliens, invoquant des pratiques commerciales déloyales. Dès 2025, encouragé par un autre fils de Jair Bolsonaro, Eduardo, Washington avait imposé une première surtaxe en représailles au procès de l'ex-président, avant de la lever partiellement après un bref réchauffement entre Lula et Trump. L'administration américaine a également requalifié deux groupes criminels brésiliens en organisations terroristes, une décision survenue après la visite de Flavio Bolsonaro à la Maison Blanche et au département d'État. Selon des analystes juridiques, cette mesure pourrait nuire à des entreprises brésiliennes et ouvrir la voie à d'autres formes d'intervention américaine.

Lors de son meeting du 2 août, Lula, qui qualifie les Bolsonaro de « traîtres à la patrie », n'a pas mentionné directement Donald Trump. Mais mercredi, il avait déclaré ne pas vouloir faire de l'ancien président américain son « ennemi ». La défense de la « souveraineté » et la lutte contre l'« interventionnisme » étranger étaient en revanche au cœur des discours du week-end. Devant un grand drapeau brésilien, Lula a dit vouloir « être prêt pour que personne n'envahisse ce pays », plaidant pour une augmentation des dépenses militaires et le renforcement de l'industrie de défense nationale. Il a lancé un avertissement clair : « Ni les Chinois, ni les Américains, ni les Français ne toucheront à nos terres rares », en référence aux réserves de minerais critiques dont regorge le Brésil, essentiels à la transition énergétique mondiale et aux industries de haute technologie.

Des craintes d'ingérence étrangère dans le processus électoral

Les responsables du PT ont exprimé leurs inquiétudes face à d'éventuelles campagnes coordonnées de robots et de manipulation sur les réseaux sociaux, financées depuis l'étranger, qui chercheraient à influencer les électeurs et à saper la confiance dans le système de vote électronique brésilien. Ce système, utilisé depuis les années 1990, a régulièrement été la cible d'attaques infondées de la part des Bolsonaro. Le vice-président sortant, Geraldo Alckmin, qui se représente aux côtés de Lula, a ironisé dimanche en affirmant que le système électoral brésilien « est si bon qu'il ne prend pas de voix aux Argentins et aux Américains », une référence directe à Milei et Trump.

La crainte d'une ingérence étrangère est renforcée par des actes concrets. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a enregistré une vidéo de soutien à Flavio Bolsonaro, lui apportant une caution internationale. Comme son père, le sénateur a tenté de semer le doute sur la fiabilité du système électoral brésilien, ce qui a inquiété le ministère brésilien des Affaires étrangères. En juillet, le Brésil a refusé des visas à deux responsables du département d'État américain, soupçonnés de chercher à alimenter ces doutes, ce que Washington a démenti.

Pour Edinho Silva, président du Parti des travailleurs, l'enjeu dépasse largement les frontières brésiliennes. « Cette élection au Brésil détermine l'avenir de l'Amérique latine », a-t-il déclaré lors de la convention. Les récentes victoires de candidats d'extrême droite en Argentine, au Paraguay, au Chili, au Pérou, en Équateur et en Colombie, qui se réclament de l'héritage de Donald Trump, donnent à ce scrutin une importance géopolitique particulière. Un recul de Lula pourrait accélérer un basculement du continent vers le camp trumpiste.

Des sondages serrés et une économie contrastée

Selon un récent sondage de l'institut Datafolha, Lula recueille 48% des intentions de vote au second tour, contre 43% pour Flavio Bolsonaro. Si le président sortant conserve une avance, l'écart est suffisamment faible pour que l'issue reste incertaine. En 2022, Lula avait battu Jair Bolsonaro d'une courte tête, au terme d'une campagne extrêmement violente. Le pays reste profondément polarisé, comme en témoignent les manifestations et les affrontements verbaux qui émaillent la vie politique quotidienne.

La campagne de Lula met en avant des mesures sociales concrètes : une réforme de l'impôt sur le revenu visant à alléger la charge des foyers modestes, ainsi qu'un programme d'effacement de dettes qui a rapidement gagné en popularité. Il peut également se targuer d'une croissance économique solide et d'un taux d'emploi record, héritage des politiques sociales des années 2000 qui avaient sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté. « Aujourd'hui, je suis ici parce que les politiques de Lula ont changé ma vie et celle de ma famille. Grâce à lui, nous avons aujourd'hui notre propre maison », a témoigné Cristiane Rosa Julho, assistante sociale de 51 ans, vêtue du rouge du PT.

Mais le tableau est loin d'être idyllique. Les Brésiliens se plaignent du coût de la vie, tandis que les déficits publics s'aggravent. La violence et la corruption restent des préoccupations majeures pour la population. Une enquête visant un des fils de Lula, soupçonné de corruption et de trafic d'influence, a été ouverte cette semaine, rappelant les scandales qui ont éclaboussé le PT par le passé. Lula lui-même a passé 580 jours en prison en 2018-2019 pour corruption, dans le cadre d'un scandale retentissant, avant que sa condamnation ne soit annulée pour des motifs de procédure et en raison de la partialité du juge ayant instruit le dossier.

Alors que la campagne entre dans sa phase décisive, le Brésil se trouve à un tournant. La capacité de Lula à mobiliser son électorat historique, tout en convainquant les indécis, sera déterminante. Mais les forces en présence, entre l'héritage bolsonariste et la pression internationale, rendent ce scrutin particulièrement imprévisible.


Source: TV5MONDE - Informations News


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